Florence et ses hommes…

book-book-pages-books-261782Florence et ses hommes (1)

OUVRIR LA VOIE…

Si un père sert de modèle pour ses filles en laissant entrevoir ce qu’“ être un homme” pourrait représenter, un premier amour “ouvre la voie”… Elle l’avait ressenti ainsi à la rencontre d’Hector. Il avait une âme particulière, une sensibilité à fleur de peau sans être excessif. Il était quelqu’un de mesuré, excepté pour ses cigarettes. Il ne les comptait plus, pas même les paquets. Il les aimait ses cigarettes et Florence les détestait… Pourtant, bien des années après, elle éprouvait de la nostalgique pour l’odeur qu’elles dégageaient…

Hector la fascinait… Avec lui, tout était découverte… Son regard, sa profondeur, sa fragilité, et son envie… Son envie de frivolité et de grandeur à la foi… Elle aimait tout ça de lui sans pouvoir le définir sur le moment. Elle observait tout, ne sachant ce qui tenait de l’ego ou de l’être, ni pourquoi cet égo lui était si important. Florence aimait Hector et au fond d’elle, elle ne savait trop pourquoi. Bien des années après, elle réalisait impuissante qu’elle était attirée par des hommes à la pilosité évidente… Était-ce lui qu’elle recherchait? …

Elle aimait passer ses mains par-dessus les siens; effleurer délicatement leurs surfaces pour sentir cette pilosité à la fois sauvage et attirante. Elle le regardait humer ses cigarettes et oscillait entre dégout et fascination…

Assis derrière son bureau, il plongeait bien souvent son regard dans le sien… elle se sentait alors transportée vers un ailleurs où il n’y avait plus de pudeur… Florence trouvait son regard particulièrement magnétique… elle en était à la fois effrayée et fascinée. Elle lui retournait son intensité en s’invitant dans son imaginaire pour y déceler ce qu’il n’osait lui dire, ou lui faire, ou encore lui faire faire … Du regard, elle répondait à son désir… Elle était jeune si on le veut… elle avait 17 ans et lui 10 ans de plus…

Ils refaisaient le monde … Elle l’écoutait pendant des heures lui parler des auteurs qui le fascinaient… Florence avait trouvé en lui la nourriture qu’il lui fallait… Sa soif de connaissances et sa curiosité toujours en éveil s’abreuvaient à son contact… Incarnait-il son idéal masculin? Elle ne se posait pas la question. Elle était juste troublée d’aimer aussi fortement une personne de 10 années son aîné…

Il pleuvait beaucoup dans sa ville… il pleuvait beaucoup… et Florence aimait ça, tout autant qu’elle aimait ses pullovers en cachemire… Il lui disait que c’était ce qu’il y avait de mieux pour la peau… Florence aimait la douceur de ces pulls… Elle allait le voir souvent et l’imaginait pianiste… Elle avait toujours rêvé sa vie avec un pianiste… Dans son imaginaire, ils incarnaient la douceur et la tendresse… ce dont elle avait certainement besoin, ou qu’elle aurait voulu voir chez un homme peut-être …

Hector aimait cuisiner et elle, la finesse de ses plats… Elle n’était pas coquette pour un sou et lui ne sortait jamais de sa chambre sans être impeccablement mis… Florence aimait la légèreté de ses parfums; et cette lueur de tristesse qu’il avait dans le regard la fascinait… Elle voulait percer le mystère derrière…

Il y avait une partie de lui blessée où le doute s’était installé pour n’avoir pas réalisé le désir de son coeur et nourri l’égo de ses parents… Une part de lui se voyait comme un « raté »… Il se pensait « la brebis galeuse »… Hector avait flaupé ses études universitaires, pourtant, il était son héros… Ses sourires malicieux l’intriguaient et faisaient écho à la malice en elle… Cette malice qui avait du mal à s’extérioriser, Florence aimait ça … Il y avait un effet miroir qui la faisait se sentir moins seule… Cet homme au regard à la fois sombre et fragile, Florence l’aimait….

Elle aimait l’énergie autour de lui… son aura, sa façon de dire les mots… Un soir, il faisait gris, ils étaient dans la cuisine d’Hector qui faisait à manger… Elle aurait voulu qu’il cesse de couper ses poireaux, qu’il se retourne vers elle pour une toute autre cuisine…. Rien que cette idée la paralysait sur le moment… Elle le vivait comme un paradoxe… Elle ne comprenait pas pourquoi la lisière était si difficile à franchir… Florence gardait son désir pour elle, tout en espérant secrètement qu’il fasse le premier pas… Elle était là à réprimer ce qui se passait en elle, plutôt qu’à l’exprimer, telle une enfant mal assurée qui sent des choses mais se dit que ce n’est peut-être que le fruit de son imaginaire…. Lui non plus ne sortait pas de ses fourneaux … C’était pour elle un régale de le voir cuisiner ainsi, tout en parole… Il le faisait avec beaucoup d’amour et de délicatesse… Elle en était captivée…

La passion d’Hector pour les livres et l’écriture revenait constamment dans leurs échanges… Il lui fit aimer l’univers de Balzac, et « les frères Caramazov » de Dostoïevski… Hector aimait Nische et Coltrane… et c’est peu dire que de parler de son rapport à la mégalomanie; ce en quoi il rejoignait sans doute son père… Mais tout cela la fascinait. Il avait ouvert en elle une vrai envie de s’intéresser à la culture du monde, et à l’impressionnisme … Aujourd’hui encore, Florence sourit en repensant à tous ça… Comment cette rencontre s’était-elle faite? ( à suivre…)

**********************************************

beautiful-bloom-blooming-358536

UNE LUMIÈRE DANS LA PÉNOMBRE..

Florence aimait se promener dans les bois… C’était pour elle, un havre de paix et un espace d’épuration… Les bois qu’elle préférait étaient des bois aménagés… Elle était dans un moment d’isolement, dans l’un des bois aménagés de sa petite ville… lorsqu’elle avait terminé sa ballade, sur le chemin du retour, elle avait croisé un homme. Ils s’étaient regardés, elle avec une lueur inquisitrice, et lui, L’air un peu confus… Il lui avait dit salut, et elle le lui avait retourné…

Elle voyait qu’il n’était pas de la région… Il avait une fraicheur et une politesse peu commune dans la manière de le dire. Hector avait passé plusieurs années à l’étranger; forcement ça marque un homme… Mais lui, il avait en plus cette tendresse particulière dans la voix… Dans la région où vivait Florence, les hommes faisaient tout pour ne rien laisser transparaitre de leur part de féminité; Hector se donnait cette liberté d’être; du moins, dans cet aspect-là… Cette différence avait tout de suite capté l’attention de Florence… Hector était le nouveau responsable de ces bois, et elle le croisait assez souvent. À chacune de leurs rencontres, ils échangeaient des saluts polis, sans plus. Puis, un soir, ils s’étaient retrouvé à l’anniversaire d’un ami commun. Étonnement, les deux échangeaient beaucoup, ceci avec une certaine facilité, comme s’ils se connaissaient depuis toujours…

Les souvenirs de Florence n’étaient pas exacts quant au sujet de leur discussion de ce soir-là, mais, il s’était passé quelque chose… du moins, chez elle… Une étincelle, une réponse à un besoin? … elle n’en savait rien… toujours est-il qu’elle l’avait invité à danser. Pendant la danse, elle avait ressenti comme un malaise… Quelque chose de nouveau s’était passé… Elle avait eu l’impression d’être tout-à-coup transparente pour tous ceux qui étaient présents, et cela l’avait mis mal à l’aise. Florence n’arrivait pas à identifier ce qui se passait en elle… À la fin du morceau, elle n’était plus restée longtemps… Elle était rentrée un peu précipitamment et assez gênée par ces émotions qu’elle avait du mal à comprendre… Plusieurs choses lui venaient à l’esprit, et la laissaient confuse … Était-ce bien ce à quoi elle pensait? … Si c’était le cas, cela ne pouvait se faire… Hector était beaucoup trop âgé, et elle, trop jeune pour qu’il puisse la regarder de ce regard là… Tout cela l’intimidait…

Florence était restée longtemps dans le déni de ce qu’elle éprouvait. Elle avait du mal à admettre et réaliser qu’elle éprouvait de l’attirance, beaucoup d’attirance… Elle luttait contre elle-même… Avec du recul, cela lui avait semblé drôle… Elle essayait de contenir ce qui la bousculait, et n’y arrivait pas… Elle constatait impuissante qu’elle était incapable de réprimer son envie, et/ou son besoin de le revoir… Florence était entrainée vers lui comme le métal l’est vers un aimant… Tout devenait prétexte pour aller à sa rencontre… Elle le voyait pratiquement toutes les semaines, et quelques fois, plusieurs jours pendant la semaine… Ceci avait duré un peu plus de deux années…

Hector était un solitaire qui appréciait de belles compagnies et des personnes avec un minimum de relief… Florence n’avait jamais vraiment su ce qu’elle représentait pour lui… Il y avait une pudeur dans l’expression émotionnelle chez lui tout comme chez elle, et aussi, beaucoup de silence… beaucoup de silence sur ce qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre… Ça les allait bien comme ça… Les livres leurs permettaient de garder une distance sur ce qui aurait pu être très mal vu dans leurs milieux respectifs. Les deux étaient issus d’un milieu catholique très pratiquant… De plus, Hector appartenait à une famille très à cheval sur la vertu et le sens de l’honneur. Il ne lui disait pas de venir et ne lui disait pas de ne pas venir, ou de partir, quelques soit l’heure du jour ou de la nuit… et elle, elle venait… Des deux, il n’y avait qu’elle qui pouvait venir… C’était sa façon à elle de protéger leur « amour »… peu importait alors la forme que cela pouvait prendre pour elle comme pour lui…

Était-ce pour lui de la tendresse, où un égo flatté par la jeunesse de Florence… ou encore le désir qu’un corps de femme tout neuf pouvait inspirer, ou autre … Qu’importait pour Florence de savoir ce qui se passait en lui de cet ordre-là … Tout ce qui comptait était la fascination qu’il suscitait en elle… l’assurance, ou la « fausse assurance » d’Hector, face à tant de fragilité peut-être de la personne qu’elle était … ou d’une projection qu’il pouvait se faire face à une personne totalement « vierge », ou qui semblait inoffensive… Que lui importait alors… lui donnait-elle des airs d’Apollon dans la fascination presque béate qu’elle nourrissait pour lui? Elle n’en avait rien à faire… C’était son aura qui la fascinait… le reste, elle n’en faisait pas cas… Florence avait assez de répartie pour échanger pendant des heures avec lui… ceci, toujours entre deux cigarettes…

Elle ne fumait pas, et n’éprouvait aucune attirance réelle pour les cigarettes… Elle lui parlait de temps en temps de son expérience avec la cigarette à ses 10 ans et du souvenir peu réjouissant qui lui en restait… puis un jour, Hector avait allumé une clope, il la lui avait proposé pour vérifier si son souvenir était exact… L’effet n’avait pas changé… Elle n’aimait définitivement pas les cigarettes et Dieu sait combien de prières elle avait dû par la suite faire pour le voir renoncer aux siennes…

Florence sentait souvent chez Hector beaucoup de désir et aussi de la retenue… tout comme une certaine crainte; une crainte de devoir ou pas passer à l’acte… Elle n’était pas majeure… la majorité dans sa région était fixée à 21 ans, et elle en avait 17… Florence s’était toujours posée beaucoup de questions à propos de lui… Avait-il trop de scrupules ou de respect pour lui-même pour se discréditer en passant à l’acte? … Il y avait sans doute un peu des deux… Mais ils étaient bien souvent là, à se sourire malicieusement, ou à exprimer la joie de leurs retrouvailles… à passer d’un livre à un autre, à se raconter leurs vies, leurs espoirs, et parfois, leurs tourments… le tout, sans se toucher, comme s’il y avait un mur infranchissable des deux côtés de la barrière…

Puis, un soir, quand il la raccompagnait, elle le précédait sur le chemin. Il l’avait pris par la main, l’avait retourné vers lui, et l’avait embrassé… cela avait duré un moment… Hector la tenait le visage entre ses deux mains et elle en était pétrifiée… elle paniquait presque… C’était la première fois pour elle… Elle était honteuse de ne pas savoir quoi faire, et pétrifiée à l’idée de ne pouvoir y répondre. Un réflexe naturel avait surgi en elle, et elle s’était surprise à faire ce qu’elle avait lu dans l’un de ces romans à l’eau de rose… Elle aurait voulu que cela dure un peu plus longtemps, mais il s’était arrêté comme si une part de lui se sentait coupable. Il l’avait regardé droit dans les yeux; on aurait dit qu’il avait besoin de se rassurer que c’était vraiment ce qu’elle désirait… Florence avait souri et il avait compris… Hector était maintenant rassuré… Satisfaite, elle l’avait de nouveau regardé, puis lui avait avoué que c’était la première fois pour elle…. Vieille tout de même pour un premier baiser… Ils s’en étaient passés de bien beaux par la suite… (à suivre…)